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Impacts économiques de la pandémie sur les femmes

La crise actuelle agit comme un révélateur de la vulnérabilité économique de plusieurs femmes et laisse entrevoir des conséquences plus lourdes sur elles.

Publié le 28 mai 2020

Au Québec, comme à l’échelle mondiale, les mesures sanitaires mises en place dans le contexte de la COVID-19 ont provoqué une onde de choc sur le marché du travail. Il s’en est suivi une chute de l’emploi d’une intensité sans précédent. Les données mensuelles de l’Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada permettent d’appréhender ses conséquences sur les femmes.


Dès le début de la pandémie, la chute de l’emploi affecte davantage les femmes

Entre février et avril 2020, 821 000 emplois ont été perdus au Québec, ce qui correspond à un recul de près de 19 %, le plus important de toutes les provinces et territoires du Canada. Seulement en mars, les données de Statistique Canada révèlent que les femmes ont été plus rapidement touchées par cette situation : au Québec, 120 200 d’entre elles ont perdu leur emploi, comparativement à 55 100 hommes. Le secteur des services, majoritairement occupé par des femmes (54 %), est le plus durement touché avec la perte de 255 000 emplois. C’est tout particulièrement le cas des services d’hébergement et de restauration, du commerce de gros et de détail ainsi que de la culture.

Les travailleuses vulnérables sont les plus touchées

Selon les résultats de l’EPA d’avril 2020, les pertes d’emploi ont continué à être plus prononcées dans les postes précaires, où les femmes sont souvent surreprésentées.

  • 172 400 emplois à temps partiel ont été perdus au Québec en avril 2020 (- 21,3 %);
  • la moitié des pertes d’emplois observées au Canada depuis le début de la crise touchent des personnes qui ont gagné un faible salaire.

De fait, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à occuper un emploi à temps partiel ou un emploi à faible salaire. En 2019, 25 % des femmes travaillaient à temps partiel contre 13 % des hommes. De plus, une travailleuse sur quatre occupe un emploi à bas salaire.

L’emploi à bas salaire correspond à celui dont le taux horaire est inférieur aux deux tiers du taux horaire médian. Le seuil du bas salaire est établi à 15,23 $ au Québec, en 2019 (ISQ, 2020).

En contrepartie, plusieurs emplois bien rémunérés ont été épargnés par la crise du fait qu’ils peuvent être exercés en télétravail. C’est le cas du secteur des services professionnels, scientifiques et techniques, dont les emplois généralement bien rémunérés sont occupés à 60 % par des hommes. À ce sujet, l’Economic Policy Institute a constaté aux États-Unis que les salariés les mieux rémunérés sont six fois plus nombreux à être en mesure de télétravailler que ceux qui sont les moins bien payés.

Des répercussions sur les entreprises à propriété féminine

L’EPA d’avril montre que les petites entreprises sont celles qui écopent le plus de la crise actuelle. Or, c’est dans celles-ci que tend à se concentrer l’entrepreneuriat féminin. Selon un sondage réalisé en avril 2020 auprès de femmes entrepreneures du Québec, 94 % des entreprises appartenant aux répondantes comptaient 20 employé·e·s ou moins. Ce sondage révèle également qu’une répondante sur cinq estime que son entreprise risque de ne pas survivre à la crise. Plusieurs femmes entrepreneures sondées rapportent aussi que leur entreprise ne se qualifie pas aux programmes d’aide gouvernementaux.

L’après-COVID-19 : de lourdes conséquences potentielles pour les femmes

Nul ne peut prévoir la progression de la crise actuelle ni sa durée. Bien que celle-ci soit sans commune mesure avec la crise financière de 2008-2009, un coup d’œil sur les mesures alors mises en œuvre afin de relancer l’économie montre que celles-ci ont davantage profité aux hommes qu’aux femmes. De fait, le plan de relance qui a suivi la récession concentrait d’importants investissements dans des projets favorisant des emplois masculins (ex. : infrastructures de transport, Plan Nord, aide aux entreprises). Selon l’analyse de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), cette relance aurait profité deux fois plus aux hommes qu’aux femmes.

En parallèle, l’effort accru demandé aux ministères et organismes publics afin de restreindre leurs dépenses en 2008 et 2009 ainsi qu’en 2015 et 2016 s’est notamment traduit par des réductions de personnel et des gels d’embauche. De telles mesures au sein de l’appareil gouvernemental québécois, important employeur féminin, ont réduit les possibilités pour les femmes de trouver ou de conserver un emploi bien rémunéré et bénéficiant de bonnes conditions de travail.

Lire aussi : Emploi : pertes plus lourdes et reprise plus lente chez les femmes

Ce contenu a été préparé par Marie-Hélène Provençal du Conseil du statut de la femme.

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