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L’entrepreneuriat féminin en mode survie

Sont relevés dans le présent article les principaux constats qui se dégagent de la première édition de l’Enquête canadienne sur la situation des entreprises menée par Statistique Canada et analysée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Cette édition brosse un portrait de la situation des entreprises en mars 2020, en s’attardant principalement aux conséquences des mesures de distanciation physique. La deuxième édition de l’Enquête concerne la situation des entreprises en mai 2020, alors qu’elles reprenaient graduellement leurs activités. Ses résultats sont rapportés dans cet article.

La crise économique générée par la COVID-19 aurait affecté plus durement les entreprises détenues par des femmes que l’ensemble des entreprises québécoises. Des menaces de fermeture planent sur plusieurs d’entre elles.

Publié le 30 septembre 2020

Au printemps  2020, la COVID-19 a compromis la capacité des petites et moyennes entreprises (PME) à poursuivre leurs activités. Si la majorité des entreprises du Québec ont été affectées, différents indices montrent que celles détenues par des femmes ont été plus durement touchées. Ce constat s’explique en grande partie par la concentration de l’entrepreneuriat féminin dans les entreprises en émergence et de petite taille (voir encadré). De fait, les données de Statistique Canada révèlent que les entreprises qui ont le plus souffert de la crise sont celles qui comptent moins de 20 employé·e·s. La pandémie a en outre eu des conséquences importantes sur des secteurs dans lesquels évoluent majoritairement les femmes entrepreneures, comme le commerce de détail, l’hébergement et la restauration.

Répartition des entreprises détenues par des femmes selon la taille de l’entreprise

  • De 1 à 9 employé·e·s : 84,1 %
  • De 10 à 19 employé·e·s : 9,6 %
  • De 20 à 49 employé·e·s : 4,8 %
  • 50 employé·e·s et plus : 1,1 %

Source : Statistique Canada, tableau 33-10-0191-01.

L’effet des mesures de distanciation physique

Pour respecter les mesures de distanciation physique exigées par le gouvernement, les entreprises ont dû s’adapter ou procéder à une fermeture temporaire et, pour plusieurs, subir des pertes de revenu. Selon les données de l’ISQ, parmi les plus éprouvées par la crise, une plus grande proportion d’entreprises détenues par des femmes seraient incapables de poursuivre leurs activités, en tout ou en partie, tant que les mesures de distanciation physique sont en place (31 % contre 20 % pour l’ensemble des entreprises québécoises).

Des baisses de revenu et des mises à pied


La majorité des entreprises québécoises ont enregistré une baisse de leur revenu au premier trimestre de 2020 par rapport au premier trimestre de 2019. Mais les entreprises appartenant à des femmes sont plus nombreuses, en proportion, à avoir vu leurs revenus diminuer de 20 % ou plus (58 % comparativement à 48 % pour l’ensemble des entreprises québécoises). Elles ont aussi été moins nombreuses à n’avoir connu aucun changement ou à avoir vu leurs revenus augmenter (25 % contre 29 % pour l’ensemble).

De plus, 48 % des entreprises québécoises dirigées par des femmes ont dû effectuer des mises à pied et le pourcentage d’employé·e·s touché·e·s est plus élevé que pour l’ensemble des entreprises. En effet, 40 % d’entre elles se sont départies de la moitié ou plus de leur équipe, comparativement à 36 % pour l’ensemble des entreprises.

Les secteurs les plus touchés

En mars 2020, près de la moitié des PME québécoises (49 %) ont dû procéder à une fermeture temporaire en vue de se conformer aux mesures de confinement. Selon les données de Statistique Canada analysées par l’ISQ, le secteur des services a été particulièrement éprouvé. Or, environ neuf entreprises détenues par des femmes sur dix évoluent dans ce secteur. Parmi les secteurs les plus durement affectés par la crise, on trouve l’industrie des arts, des spectacles et des loisirs (74 % ont fermé temporairement leurs portes), le commerce de détail (65 %) ainsi que les services d’hébergement et de restauration (61 %), des secteurs où sont concentrées les entreprises détenues majoritairement par des femmes.

Des femmes exclues des programmes de soutien financier

Les femmes sont propriétaires égales ou majoritaires de 26 % des PME québécoises. La majorité de ces entreprises (57 %) comptent moins de cinq employé·e·s, ce qui les rend particulièrement vulnérables. Comme l’explique l’économiste Pascasie Nikuze au sujet des PME, « leur taille peut constituer une contrainte en matière d’accès au financement externe, aux autres ressources stratégiques (technologies, innovation, propriété intellectuelle, etc.) et aux marchés (surtout internationaux) ».

Plusieurs programmes de soutien aux entreprises ont rapidement été implantés par les gouvernements du Canada et du Québec pour les aider à faire face à la pandémie. Mais, selon un sondage réalisé par Femmessor en avril auprès de plus de 1 000 entrepreneures, seulement 20 % d’entre elles avaient l’intention de recourir à ces programmes, le plus souvent parce qu’elles percevaient que leur entreprise n’y était pas admissible.

L’adoption de nouvelles approches

Pour s’adapter à la situation, les entreprises détenues par des femmes ont davantage eu tendance à modifier leurs produits ou services (34 % contre 29 % pour l’ensemble) ou à en abandonner (34 % contre 25 %).

Par ailleurs, selon le sondage de Femmessor, 18 % des entrepreneures interrogées voyaient dans la crise actuelle une occasion d’affaires, par exemple en adaptant leur offre de produits ou de services, ou même leurs canaux de vente, ou encore en élargissant leur réseau, notamment sur la scène internationale.

Pour s’en remettre, il faudra plus de temps

Si les mesures de distanciation physique ont eu un impact négatif sur l’entrepreneuriat, une fois ces contraintes levées, 70 % des entreprises détenues par des femmes entrevoyaient en mars la possibilité de reprendre leurs activités normales en moins de deux mois, contre 76 % pour l’ensemble. Parmi les entreprises qui estimaient avoir besoin d’au moins six mois pour s’en remettre, on compte 9 % de celles à propriété féminine, contre 5 % pour l’ensemble.

Lire aussi : Entrepreneuriat féminin : rebondir en temps de crise

Ce contenu a été préparé par Marie-Hélène Provençal avec la collaboration d’Elizabeth Perreault du Conseil du statut de la femme.