Aller au contenu Aller à la recherche
Aller au contenu Aller à la recherche

Les services essentiels, ce sont surtout elles!

L’état d’urgence sanitaire déclaré en mars 2020 au Québec jette un puissant éclairage sur la valeur d’emplois surtout occupés par des femmes. Et pas seulement dans le domaine de la santé! Éducation à la petite enfance, enseignement, service à la clientèle dans les épiceries et les pharmacies, entretien ménager, voilà autant de secteurs dans lesquels des milliers de femmes répondent aux besoins de la population. Par-delà les éloges et les remerciements, les travailleuses concernées peuvent-elles espérer une reconnaissance équitable de leurs contributions à la société?

Publié : 28 mai 2020

Dans la crise actuelle, les personnes en première ligne sont majoritairement des femmes. Celles-ci « se sont révélées providentielles », mais n’en demeurent pas moins « invisibles, sous-payées, surchargées », selon le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) de France.

Au Québec, la pandémie met aussi à l’avant-scène des emplois à prédominance féminine qui s’avèrent cruciaux, mais dont la position dans la hiérarchie des salaires et des conditions de travail reste peu avantageuse.

Salaire annuel moyen

  • Caissier·ière·s en épicerie : 24 375 $
  • Éducateur·trice·s en garderie : 36 999 $
  • Préposé·e·s à l’entretien ménager : 33 572 $

Neuvoo, 2020.

L’exemple des éducatrices à la petite enfance


Parmi les métiers largement féminins à la fois indispensables et peu reconnus, on compte l’éducation à la petite enfance, avec une main-d’œuvre composée à plus de 98 % de femmes, dont plusieurs immigrantes dans certaines régions du Québec. Dès le début de la crise sanitaire, les éducatrices ont d’ailleurs été rapidement mobilisées pour s’occuper des enfants du personnel des services essentiels. Mais contrairement à celui-ci, elles n’ont bénéficié ni de prime de risque ni de soutien particulier pour leur protection. Pourtant, elles travaillent « avec la crainte de contracter à leur tour la maladie et de contaminer leurs proches », comme le signale Valérie Grenon, présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ). L’experte de la politique familiale québécoise Sophie Mathieu résume ainsi la situation : « Jamais le travail des éducatrices n’aura été aussi important. Jamais ce travail n’aura été aussi risqué et empreint de défis. »

En situation de crise, comme en temps normal, les éducatrices jouent un rôle clé dans la participation des femmes au marché du travail et contribuent ainsi de façon significative à l’économie. D’ailleurs, les inquiétudes croissent alors que certaines – notamment pour leur santé ou celle d’une personne proche – prévoient ne pas pouvoir reprendre leurs fonctions. Rien d’encourageant pour un secteur qui, faute de conditions de travail attrayantes, a déjà subi les effets d’une diminution de près de 30 % des inscriptions en Techniques d’éducation à l’enfance entre 2012 et 2019 (Fédération de la santé et des services sociaux, 2019)!

Des emplois exigeants

Comme les éducatrices, d’autres personnes s’activent pendant la crise actuelle, notamment en milieu scolaire et dans le secteur des services (épiceries, pharmacies, entretien ménager, etc.), un corps d’emploi à prédominance féminine dont les fonctions exigeantes et les compétences complexes font l’objet d’une faible valorisation.

Dans ces « métiers de femmes », « il s’agit d’éduquer, soigner, assister, nettoyer, conseiller, écouter, coordonner… bref, de faire appel à des “compétences présumées innées”, si “naturelles” quand on est femme… », comme le déplorent les signataires d’une tribune dans le journal Le Monde. En réalité, ce travail demande un savoir-faire humain et technique indéniable. Comme l’affirme le HCE, il requiert ces aptitudes « occultées » que sont « les savoir-faire relationnels, la gestion des conflits et des charges émotionnelles, l’anticipation, la polyvalence, etc. ».

Un apport économique indispensable

Les services aux personnes, majoritairement assurés par des femmes, participent à l’économie au même titre que le travail propre aux catégories d’emploi à prédominance masculine dans des domaines tels que la construction, l’informatique et la technologie. Plus encore, comme le rappelle le HCE, les systèmes du care (soin des autres) et de la production sont intimement liés. Telle est la réalité d’une économie à l’image de l’interdépendance qui existe entre les personnes. Selon l’organisme, il importe dès lors que le travail lié aux soins et aux services soit reconnu à sa juste valeur : il en va de « la réparation d’une injustice, criante pourtant depuis de nombreuses années mais rendue visible à tous grâce au miroir grossissant de la crise ».

Ce contenu a été préparé par Lynda Gosselin du Conseil du statut de la femme.