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Deux années de pandémie : quels effets sur la situation économique des femmes?

Les femmes ont été particulièrement touchées par les pertes d’emplois survenues pendant la pandémie. Si certaines se sont retirées – temporairement ou non – du marché du travail, d’autres ont pu se réorienter et améliorer leurs conditions de vie. La reprise économique de 2021 et le contexte de pénurie de main-d’œuvre qui l’accompagne nourrissent un tel espoir. L’analyse des données de l’Enquête sur la population active de 2019 à 2021 oblige toutefois à un bilan nuancé.

Publié le 13 avril 2022

Note : Le graphique et les tableaux auxquels réfère le présent article sont accessibles dans ce document PDF imprimable.

Environ 38 000 emplois ont été perdus chez les femmes entre 2019 et 2021 (Lire : La situation des femmes sur le marché du travail après deux années de pandémie au Québec). La pandémie n’a pas entraîné pareille secousse chez les hommes, car le nombre d’emplois qu’ils occupent en 2021 est sensiblement le même qu’en 2019. Néanmoins, le marché du travail s’est passablement transformé pendant cette période, modifiant la nature des emplois exercés, surtout chez les femmes.

Des changements d’emplois pour bon nombre de femmes

Sans surprise, les pertes d’emplois observées entre 2019 et 2021 se concentrent dans l’industrie de l’hébergement et de la restauration de même que dans les professions des ventes et services (tableau 1). Et plus de femmes que d’hommes en ont été affectées (tableau 1). En contrepartie, certains secteurs ont connu une croissance marquée pendant la période, accueillant un nombre substantiellement plus élevé de femmes et d’hommes (tableau 1). Du côté des industries, on trouve :

  • les organisations qui offrent des services d’enseignement (+ 25 400 emplois chez les femmes et + 29 600 emplois chez les hommes), dans lesquelles les femmes demeurent surreprésentées (67 % en 2021);
  • les entreprises du secteur de la finance, des assurances, de l’immobilier et de la location (+ 18 600 chez les femmes et + 18 700 chez les hommes), qui comptent toujours 52 % de femmes;
  • l’industrie de la construction (+ 10 900 chez les femmes et + 10 000 chez les hommes), très majoritairement masculine où la part de femmes grimpe de 11 % à 14 % pendant la période.

Du côté des groupes professionnels, deux connaissent un accroissement notable du nombre d’emplois entre 2019 et 2021 :

  • celui des affaires, de la finance et de l’administration (+ 21 700 chez les femmes et + 33 300 chez les hommes), qui comprend 67 % de femmes en 2021;
  • celui des sciences sociales, de l’enseignement et de l’administration publique (+ 18 000 chez les femmes et + 26 500 chez les hommes), toujours majoritairement féminin en 2021 (71 % de femmes).

Une progression du nombre d’emplois caractérise aussi l’industrie des services professionnels, scientifiques et techniques, mais elle touche uniquement des femmes (+ 28 900 emplois chez les femmes contre – 8 500 emplois chez les hommes). La proportion de femmes dans ce secteur passe d’ailleurs de 40 % à 45 % entre 2019 et 2021.

Mais les nouveaux emplois occupés par les femmes en 2021 se traduisent-ils par une amélioration de leurs salaires?

Des écarts salariaux qui se creusent dans certains secteurs

Dans l’ensemble, le nombre d’emplois pour lesquels le salaire horaire est de 20 $ ou plus s’est considérablement accru entre 2019 et 2021, alors que le nombre de ceux à moins de 15 $/h a chuté (tableau 2). Cet essor bénéficie aux femmes comme aux hommes (tableau 2). Une hausse du salaire horaire moyen s’observe aussi dans plusieurs industries ou groupes professionnels (tableau 3).

Toutefois, dans des secteurs qui se caractérisent par une forte progression du nombre de femmes entre 2019 et 2021, l’augmentation des salaires est plus marquée chez les hommes que chez les femmes, creusant même l’écart salarial entre les deux. C’est notamment le cas :

  • dans les entreprises du secteur de la finance, des assurances, de l’immobilier et de la location, où la rémunération horaire moyenne augmente de 4,99 $/h pour les hommes contre seulement 1,21 $/h pour les femmes (tableau 3), et où l’écart salarial grimpe de 12,5 % à 20,6 % entre 2019 et 2021 (tableau 4);
  • dans les organisations qui offrent des services d’enseignement, où la hausse de la rémunération horaire moyenne est plus marquée pour les hommes (+ 1,13 $/h) que pour les femmes (+ 0,16 $/h) (tableau 3), et où l’écart salarial croît de 2,4 points de pourcentage pendant la période (tableau 4).

Les professions du secteur de la santé font toutefois figure d’exceptions, puisqu’elles se caractérisent par des gains plus marqués pour les femmes, lesquelles y sont d’ailleurs majoritaires (82 % en 2021, tableau 1). Entre 2019 et 2021, le salaire horaire moyen des travailleuses a augmenté de 2,02 $, alors que celui des travailleurs a connu une légère baisse (tableau 3), de sorte que l’écart salarial s’est réduit considérablement pendant la période, passant de 8,0 % à 1,1 % (tableau 4).

Certes, l’écart salarial entre les femmes et les hommes tend globalement à s’amoindrir depuis plusieurs années au Québec, et la pandémie n’a pas altéré ce mouvement (graphique 1). Il reste que des écarts persistent à l’intérieur de certaines catégories, et s’accentuent même parfois lorsque le nombre de femmes augmente. En définitive, si les déplacements de main-d’œuvre entre 2019 et 2021 entraînent des gains salariaux pour certaines femmes, ils n’en appellent pas moins à la prudence pour l’avenir, d’où l’intérêt de poursuivre l’analyse de la situation par industrie et groupe professionnel.

Ce contenu a été préparé par Marie-Claude Francoeur et Mélanie Julien du Conseil du statut de la femme.