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La conciliation travail-famille en temps de pandémie

Préparer les repas, faire la lessive, soigner, laver, consoler : voilà le lot quotidien des parents, et tout particulièrement des mères qui assument encore aujourd’hui une plus grande part de la charge familiale et domestique. Des exigences qu’elles doivent concilier, pour une majorité d’entre elles, avec leurs obligations professionnelles. En cette période de crise, avec les mesures de confinement et la fermeture des garderies et des écoles, les femmes sont plus que jamais sollicitées pour prendre soin des enfants. Parfois aussi de leurs parents âgés, tout en veillant à l’organisation familiale.

Par : Marie-Ève Gagnon-Paré

Publié : 2 juillet 2020 2020

Une charge encore plus lourde pour les femmes

Alors qu’elles ont fait massivement leur place sur le marché du travail depuis les années 1970, entrainant une certaine révision de la répartition traditionnelle des rôles dans la sphère privée, les femmes assument encore une plus grande part des tâches domestiques et des soins aux enfants.

Selon Statistique Canada, le taux d’emploi des femmes âgées de 25 à 54 ans est passé de 48,7 %, en 1976 à 77,5 % en 2015.

En 2015, les mères ont assumé près des deux tiers (61 %) de toutes les heures consacrées aux tâches domestiques par les parents canadiens.

On s’attend des mères qu’elles s’impliquent intensément dans l’éducation de leurs enfants en leur accordant du temps de qualité, tout en étant hautement performantes dans la sphère professionnelle. Ces injonctions entrainent pour plusieurs parents et – de façon plus marquée pour les mères – une situation de conflit travail-famille.

Parents d’enfants de 0 à 5 ans occupant un emploi salarié au Québec en 2015

  • 61 % des mères (41 % des pères) ont souvent ou toujours l’impression de courir toute la journée;
  • 45 % des mères (31 % des pères) ont mentionné être souvent ou toujours épuisées lorsqu’arrive l’heure du souper;
  • 64 % des mères (49 % des pères) n’ont jamais ou ont rarement l’impression d’avoir suffisamment de temps libre pour elles;
  • 34 % des mères (26 % des pères) mentionnent avoir souvent ou toujours l’impression de manquer de temps pour leurs enfants.

Source : ISQ, 2016.

Si ces constats sont connus depuis de nombreuses années, tout porte à croire qu’ils sont exacerbés par la présente crise liée à la COVID-19. De fait, plusieurs parents ont vu le poids de leurs responsabilités familiales et domestiques augmenter considérablement au cours des dernières semaines avec la fermeture des écoles et des services de garde. S’ajoutent à cela les mesures de confinement, qui interdisent les contacts avec les réseaux habituels de soutien. Comme elles assument en temps normal une plus grande part de cette charge, on peut supposer que plusieurs mères, tout en poursuivant le travail à distance, ont dû veiller de façon plus marquée à l’entretien ménager, aux soins des enfants, aux tâches éducatives, à l’organisation du temps et de l’espace, sans compter la charge émotionnelle en cette période d’incertitude.

Bien qu’aucune donnée ne soit actuellement disponible pour prendre la mesure de cette situation au Québec, des études conduites en France et aux États-Unis indiquent que les inégalités dans la répartition des tâches familiales et domestiques ne s’estompent pas avec la crise actuelle. Par exemple, selon un sondage mené en avril en France :

  • 63 % des femmes mentionnent que ce sont le plus souvent elles qui préparent les repas (28 % des hommes);
  • les femmes consacrent davantage de temps que les hommes aux tâches ménagères pendant le confinement (2 h 34 en moyenne par rapport à 2 h 10);
  • elles sont proportionnellement plus nombreuses à s’occuper le plus souvent d’aider les enfants à faire leurs devoirs (56 % des mères par rapport à 27 % des pères);
  • l’enjeu de la répartition des tâches ménagères est un sujet de tension pour près d’un tiers des couples confinés.

Concilier le télétravail avec les soins aux enfants

Si le télétravail est habituellement une mesure choisie, notamment pour favoriser la conciliation travail-famille, il s’est imposé de manière impromptue dans plusieurs secteurs d’activités en réponse aux mesures de confinement des dernières semaines. Avec la présence continue des enfants à la maison, les parents, et tout particulièrement les mères, ont vu le temps dont elles disposaient normalement pour travailler s’effriter et ont dû faire preuve de beaucoup de créativité pour assumer leurs obligations professionnelles. Manque d’espace ou d’équipement informatique, interruptions constantes pour répondre aux besoins de la progéniture, accompagnement dans les travaux scolaires entre deux réunions, augmentation des tâches domestiques, soutien émotif à toute la famille, autant de conditions qui ont pu contribuer à faire croître la charge mentale des mères.

Malgré tout, plusieurs estiment que ce mode d’organisation du travail est là pour rester et que la crise aura été une occasion de prouver son efficacité. Une fois levées les contraintes de confinement et le retour des enfants à l’école ou à la garderie, les conditions pourraient à nouveau être réunies pour que le télétravail, à temps partiel par exemple, facilite la conciliation travail-famille.

Des obligations parentales qui risquent de freiner l’autonomie financière des femmes

Plusieurs spécialistes s’inquiètent que la crise actuelle entraine un recul des femmes sur le marché du travail. De fait, qui continuera de prendre soin des enfants si les places en garderie sont limitées et que la fermeture des écoles se prolonge? Selon la professeure Diane-Gabrielle Tremblay, si la reprise économique est difficile dans les secteurs où elles sont très présentes, par exemple les services, ou si le soutien aux familles est restreint, certaines femmes pourraient être contraintes de rester à la maison. Cette situation risquerait de les entrainer dans ce qu’elle nomme « le piège de la pauvreté », soit la difficulté de retourner en emploi après une absence plus ou moins prolongée.

Comme l’a rappelé la professeure Émilie Genin dans un entretien publié dans le quotidien Le Soleil : « la clé de l’égalité entre les hommes et les femmes est l’émancipation financière des femmes. Rester hors du marché du travail quelques années a des conséquences ». Espérons que, collectivement, nous saurons mettre en place les ressources et mesures nécessaires pour que ce scénario ne devienne pas réalité.

L’autrice est professionnelle de recherche au Conseil du statut de la femme (CSF).

Les inégalités perdurent en matière de conciliation travail-famille

Si la crise de la COVID-19 a pu entraîner certains effets positifs chez les parents québécois, notamment au regard du temps passé auprès de leurs enfants, des enquêtes récentes révèlent des inégalités persistantes sur le plan du partage des tâches.

Par : Marie-Ève Gagnon-Paré

Publié : 2 juillet 2020

Par exemple, un sondage mené par la firme SOM pour le compte du Regroupement pour la valorisation de la paternité montre que les mères sont proportionnellement moins nombreuses que les pères à percevoir le partage des tâches liées aux enfants comme étant équitable. En effet, 53 % d’entre elles sont tout à fait ou plutôt d’accord que ce partage est juste contre 75 % des pères. De même, elles sont proportionnellement moins nombreuses à indiquer que la répartition des tâches fait en sorte qu’il leur reste du temps pour elles (54 % contre 72 % pour les pères).

Puisqu’elles en font plus pour la famille, il n’est pas étonnant de constater que les mères sont proportionnellement plus nombreuses à considérer comme difficile la conciliation de leurs responsabilités familiales et professionnelles (41 % contre 34 % pour les pères). Elles présentent aussi plus souvent un niveau de détresse psychologique élevé (28 % contre 17 % pour les pères).

Le sondage de la firme SOM a été mené en ligne du 22 mai au 1er juin 2020 auprès de 2 115 parents québécois d’enfants âgés de moins de 18 ans.

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