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COVID-19 : la réussite sans fard des cheffes de file

Les pays qu’elles dirigent s’en sortent mieux que d’autres, dirigés par des hommes. Ces cheffes de file présentent des styles bien différents et pourtant toutes ont réussi là où leurs collègues masculins semblent avoir plus de difficulté. Quel est leur secret?

Publié le 28 mai 2020

Les cheffes de gouvernement gèrent mieux la crise de la COVID-19 que leurs homologues masculins! L’affirmation peut en faire sourciller plusieurs. Et pourtant. Un constat s’impose : une majorité de pays ayant réussi le tour de force de contrôler la pandémie dès les premières heures sont dirigés par… des femmes. Comment expliquer une telle réussite? Fruit du hasard ou « don » féminin?

La réponse livrée par l’ancienne mairesse de Lac-Mégantic Colette Roy Laroche dans La Presse est sans appel. « Ce n’est pas parce qu’elles sont des femmes qu’elles sont plus efficaces pendant la crise. C’est parce qu’elles sont excellentes. » Selon elle, toutes celles qui se retrouvent à un haut poste d’autorité ont comme point commun l’hyper compétence. Une qualité qui ne fait aucun doute lorsque l’on regarde Angela Merkel en Allemagne et son exceptionnelle longévité, Jacinda Ardern qui cumule avec brio gestion de crises et vie familiale en Nouvelle-Zélande et Sanna Marin en Finlande, la plus jeune dirigeante d’un gouvernement.

Et cela ne s’arrête pas là. Le Danemark, comme l’Islande, Taiwan ou la Norvège, aussi dirigés par des femmes, se sont également illustrés par une gestion victorieuse de la crise. Chiffres à l’appui, tout s’y passe mieux : plus de lits d’hôpitaux, moins de contamination et de facto moins de décès. À peine plus d’une poignée pour certains, quelques centaines pour d’autres.

Relations plus égalitaires

Alors, les femmes font-elles réellement de meilleures leaders en temps de pandémie? Répondre par l’affirmative serait quelque peu biaisé. Il serait plus juste, analysent Louise Champoux-Paillé (lire en complément dans notre dossier) et Anne-Marie Croteau de l’Université Concordia dans The Conversation​, de relever que l’élection de ces dirigeantes « témoigne de sociétés où l’on trouve une présence féminine accrue dans plusieurs postes de pouvoir. Cette mixité conduit à une confrontation des visions et pave la voie au déploiement de solutions plus riches et plus complètes que si elles avaient été imaginées par un groupe homogène. »

Elles en veulent pour preuve que tous les pays cités précédemment se distinguent par leur performance en matière d’égalité des genres. Au final, qu’elles s’appellent Angela, Erna, Ing-wen, Jacinda, Katrin, Mette ou Sanna, le fait d’être femme n’est qu’une condition biologique. Ces cheffes d’État sont surtout dotées d’une expertise solide et d’une habilité indéniable.

« Ce n’est pas parce qu’elles sont des femmes qu’elles sont plus efficaces pendant la crise. C’est parce qu’elles sont excellentes. »

Colette Roy Laroche, ancienne mairesse de Lac-Mégantic

Une analyse que partage l’historienne Yolande Cohen (lire en complément dans notre dossier). À ses yeux, les pays qui s’illustrent dans la lutte contre la pandémie ont tous établi des relations plus égalitaires entre les femmes et les hommes. Au final, la présence d’une femme à la tête d’un État ne serait pas la clé, mais plutôt le signe que les pays qu’elles dirigent ont fait des efforts pour favoriser la parité en politique.


Au Québec, si les acquis en la matière ont marqué les dernières années, près de 80 ans après que les Québécoises aient obtenu non seulement le droit de voter aux élections générales, mais aussi d’être élues à l’Assemblée législative, l’enjeu de leur représentation en politique demeure.

Bien qu’elles composent 50 % de la population, les Québécoises sont en effet loin de représenter la moitié des personnes candidates et d’être élues aux différents paliers gouvernementaux. Et la situation prévaut dans tous les milieux. De fait, les femmes occupent au moins 40 % des sièges dans bon nombre d’instances. À l’Assemblée nationale, on dénombre ainsi 42 % de députées et 50 % de femmes ministres. Les femmes demeurent toutefois largement sous-représentées dans d’autres lieux décisionnels. Elles sont ainsi sous-représentées dans les MRC (23 % de préfètes), dans les municipalités (19 % de mairesses et 35 % de conseillères municipales), mais également dans la haute fonction publique québécoise (36 % des sous-ministres et 35 % à la présidence d’organismes gouvernementaux) et à la Fédération des chambres de commerce (22 % au conseil d’administration). Elles sont globalement plus souvent membres de conseils d’administration que présidentes.

Le début d’un changement?

Dès le début de la pandémie, l’Organisation des Nations Unies  (ONU) s’est empressée de dénoncer la surreprésentation des femmes parmi les personnes qui luttaient au front pendant cette crise (infirmières, caissières, etc.). Elle a du même coup dénoncé leur sous-représentation au sein des autorités décisionnelles. Et même lorsque présentes, comme au Canada, aux côtés des premiers ministres fédéral et provinciaux, les femmes n’ont guère réussi à changer le cours de la COVID-19.

De nombreuses voix s’élèvent pour dire qu’il serait sans doute temps que les femmes se fassent entendre au sein des mécanismes de prévention et de sécurité sanitaire. Ce d’autant que, comme le montre l’avis Prendre soin : perspectives sur le vieillissement, publiée par le Conseil du statut de la femme, le rôle tenu par les femmes en matière de soins les place généralement dans une position privilégiée pour connaître et analyser les enjeux dans ce domaine. Majoritaires en première ligne, elles peuvent identifier les besoins de l’ensemble de la société.

« Les rôles de soins prescrits socialement par les femmes les placent généralement dans une position privilégiée pour identifier les tendances au niveau local qui pourraient signaler le début d’une épidémie et ainsi améliorer la sécurité sanitaire mondiale, précisent les chercheuses Clare Wenham, Julia Smith et Rosemary Morgan dans The Lancet. Bien que les femmes ne devraient pas être davantage chargées, en particulier compte tenu du fait qu’une grande partie de leur travail pendant les crises sanitaires est sous-rémunéré ou non rémunéré, l’intégration des voix et des connaissances des femmes pourrait autonomiser et améliorer la préparation et la riposte aux flambées. »

Avec la pandémie de coronavirus, c’est tout un système qui pourrait vaciller. C’est en tout cas l’espoir d’Isabelle Hudon, ambassadrice du Canada en France. Elle estime, dans un entretien accordé à La Presse, que davantage de femmes désireront occuper des postes de pouvoir après la crise. « J’ai l’impression qu’il y aura un “après” plus grand et plus fort pour elles. Elles n’hésiteront plus à s’impliquer et à se rendre visibles. »

Ce contenu a été préparé par Yasmine Berthou du Conseil du statut de la femme.

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